Redwood : de la photo, des animaux et surtout de la mauvaise foi...


Un jeu de Christophe Raimbault, illustré par Edu Valls et édité par Sit Down! Games.

Instant Wikipédia : 
Le nom Redwood, utilisé pour le titre du jeu, est employé aux États-Unis pour désigner le Séquoia sempervirens, ou séquoia à feuilles d’if. Ce sont d’ailleurs ces arbres qui ont par la suite donné leur nom au magnifique parc national de Redwood, en Californie.
Cet arbre toujours vert est le plus haut du monde, dont le record est détenu par Hypérion, un arbre de 116 mètres de haut (équivalent à l’hôtel Pullman de Paris Montparnasse). Il est le seul de sa gamme à produire des lignotubers, dont le plus gros faisait 14 mètres de diamètre pour 500 tonnes.
Le nom séquoia vient soit du latin sequor, voulant dire « suivre », soit, plus probablement, d’un hommage à Sequoyah, un Indien cherokee, qui se fit appeler George Guess par les Anglais émigrés — pardon, par les Américains — et qui écrivit un syllabaire cherokee original et fonctionnel, encore utilisé de nos jours. Il est l’un des rares exemples connus de personnes issues d’un peuple préalphabétisé ayant créé par elles-mêmes un système d’écriture original et fonctionnel.
L’habitat de l’arbre est désormais limité à une fine bande de terre le long de la côte ouest des États-Unis. Il est apparu au Miocène, il y a 23 millions d’années, et, comme tout ce qui est vaguement intelligent et beau aux USA, cet arbre tend à disparaître…

Mise en place : 12 minutes
Règles : 10 minutes
Temps de partie : 35 minutes
Âge : 10 ans
Type de jeu : placement, perspective, vision dans l’espace
Thème : photographie animalière, nature


Il était une fois le couple J qui s’aventura en forêt. Par un esprit de compétition fort développé, les voilà décidés à concourir pour savoir qui ferait la plus belle photo animalière. 
Les voilà donc partis chacun sur leur chemin, un bon vieil appareil argentique à la main, pour essayer de capturer l’essence de l’animal sauvage.

Quelques jours plus tard, une fois les tirages terminés, les voilà devant leurs œuvres pour savoir qui sera lauréat du Wildlife Photographer of the Year.
Bon, force est de constater qu’avec une seule photo, madame J a réussi à photographier une vraie marmotte en train d’emballer le chocolat dans du papier d’aluminium, et que, de mon côté, sur la première photo, on distingue parfaitement mon index gauche ; sur la deuxième, on va dire que c’est un flou artistique ; puis les daims, ce n’est pas net ; et sur la troisième, promis, il y a un hibou grand-duc… il est juste caché par le protège-objectif que j’ai oublié d’enlever…

Bon, la conclusion s’impose d’elle-même : j’aurais dû prendre un numérique, cela m’aurait fait économiser, et il vaut mieux que je me contente de jouer à faire des photos que d’en prendre…

🔧Mise en place : une fois le plateau déployé au centre de la table et les cartes Panorama placées sur leur lieu de prédilection, on place les jetons Animal, Fleur, Séquoia, Soleil et Harmonie près du plateau, avec l’ensemble des gabarits de déplacement et des gabarits de prise de vue. Chaque gabarit doit être facilement accessible et ne pas se recouvrir avec un autre.

On retourne une carte de mise en place qui indique où placer les pions Animal sur le plateau, où positionner les objectifs de manche allant de 1 à 5, et où placer le jeton Soleil, compte-tours. Chaque joueur prend ses deux Photographes : l’un est placé devant lui, l’autre sur un panneau d’indication situé au bord du plateau. 

Le plateau central

Les animaux


Les gabarits de déplacement et jetons fleurs

Les gabarits de prise de vue

📢Vous voilà prêts à photographier le gros ours sans mode rafale.

🔁La partie se déroule en cinq manches. Au début de chaque manche, on retourne une carte Objectif dans l’ordre numérique, puis les joueurs s’enchaînent au tour par tour.

Au début de son tour, le joueur actif doit choisir un gabarit de déplacement et un gabarit de ligne de vue. Attention : comme aux échecs ou dans les écoles maternelles, une fois le gabarit touché, il est récupéré ; il est interdit de le tester avant. Si l’un des gabarits est pris devant un autre joueur, ce dernier récupère une pomme de pin, soit un point de victoire, en compensation de ce vol éhonté.

Une fois les deux gabarits récupérés, on passe au déplacement. 
Le gabarit orange de déplacement est clipsé au photographe pour définir où il va se promener. 
Pour cela, on l’oriente à sa guise, du moment qu’il ne recouvre pas, même partiellement, un autre photographe ou un animal (le dernier qui a marché sur un ours tient actuellement en entier dans une boîte de Whiskas).

Mme J est à la source pour faire des photos bucoliques, 
pendant que Mr J se demande s'il a vraiment envie de prendre un loup en photo


On place ensuite son deuxième photographe sur l’espace le plus large du gabarit, avant de retirer le premier promeneur et le gabarit.

Pour finir, on clipse le gabarit photo à son meeple et on le tourne à sa convenance, sans jamais recouvrir un morceau d’être humain. 
Une fois la position définie, on prend enfin la photo. 
La carte Paysage dans le prolongement du gabarit est récupérée, ainsi que tous les points de décoration entièrement recouverts (avoir la queue d’un castor ne suffit pas : il faut l’animal, la fleur ou l’arbre dans son entièreté pour s’amuser, et sortie de son contexte, cette phrase pourrait être vraiment très chelou).

On récupère donc les jetons Fleur, Séquoia et autres bestioles dont le modèle est couvert par le gabarit, ainsi qu’un jeton Soleil s’il pointe vers l’astre (surexposition, tout ça). 
Les jetons sont placés sur la carte Paysage ; en mode avancé, il y a des conditions de pose, le surplus est défaussé.

Pour finir, on score l’ensemble des cartes Objectif retournées jusqu’à présent en récupérant des jetons Harmonie, puis on déplace les animaux photographiés ce tour en respectant, si possible, leurs lieux de prédilection (une loutre dans le désert risque de finir aussi desséchée qu’Arielle Dombasle).

Une mise en situation

On place ensuite les gabarits devant soi, et c’est au joueur suivant de jouer. 
Quand tout le monde a effectué son tour, on avance le Soleil et on retourne une nouvelle carte Objectif.

🏁📝À la fin du cinquième tour, on ajoute à ses pommes de pin (pardon, jetons Harmonie, mais je préfère les fruits du conifère, c’est plus parlant) déjà acquises :
– des points pour les animaux différents photographiés pendant toute la partie ;
– des points selon les paysages qui se suivent pour former un panorama ;
– 2 points par arbre ;
– 1 point par fleur, ou 7 points par trio de fleurs de couleurs différentes.

Puis on soustrait 1 point par zone sans photo sur ses paysages (ou 3 points pour les zones rouges du mode avancé). 
Un jeton Soleil donne 4 points ; plusieurs en font perdre (la surexposition peut être un effet de style une fois, sur chaque photo cela fait de vous un piètre artiste).

Les photos de Mme J

Les photos de Mr J

🏆Celui qui possède le plus de pommes de pin est déclaré vainqueur et pourra vivre dans l’opulence chez les écureuils, pendant que 💀 les perdants finiront photographes pour « touristes à duck face » à la foire du Trône.

👥Pas de modification à deux joueurs.

👀

Il s’agit de la version boutique et non KS, mais déjà le matériel est de très bonne facture. Le plateau est joli, les jetons bien réalisés ; dans l’ensemble, tout est très beau. Forcément, les gabarits plastiques étant centraux dans la mécanique du jeu, on les attendait au tournant, et ma foi, c’est plutôt bien réalisé et suffisamment précis pour servir le jeu à merveille.

On apprécie la rondelle de néoprène sous les figurines, leur donnant stabilité et précision pour réaliser la photo parfaite, évitant ainsi les déplacements intempestifs.

J’émets une réserve sur la durabilité des gabarits plastiques : à force de clipser et déclipser, je ne suis pas certain de leur survie face à une utilisation intensive ou professionnelle (ludothèque, entre autres), mais peut-être à tort, n’ayant pas encore assez de parties à notre actif pour les avoir abîmés.

Le seul point noir vient des minuscules losanges présents sur chaque gabarit servant à les différencier pour les objectifs… on n’a pas tous un mode macro sous nos paupières…

❓Un jeu que nous avions hésité à backer lors de son passage en financement participatif, mais son prix et ses mécaniques, qui nous semblaient simplistes, nous ont freinés. Et puis, au hasard d’un chemin, voilà que ce jeu, n’en faisant qu’à sa tête, sauta dans notre panier. Ne pouvant l’abandonner, nous voilà à le ramener ; il serait temps que le gouvernement fasse quelque chose pour protéger ces pauvres jeux abandonnés. S’intéresser à la chose, c’est bien, mais pas suffisant, et maintenant qu’il est là, autant y jouer.

La première chose à faire dans ce jeu est d’arriver à visualiser les gabarits sur le plateau pour se projeter dans ses tours. Je vous conseille d’ailleurs de prendre chaque gabarit, en particulier ceux des lignes de vue, et de les placer sur le plateau afin d’en appréhender la longueur et la largeur. Après tout, on ne se lance pas de la même manière sur une saucisse de Morteau que sur une knacky ball, que diable.

Une fois les distances appréhendées, on se lance dans ses actions… et on peste très vite parce que ce n’était pas si bien appréhendé que ça : c’est trop court et pas assez large (encore une fois, je ne parle que des gabarits plastiques). Il va falloir faire un choix entre le Séquoia et l’ours pour remplir son panorama tout en essayant de répondre avec succès aux objectifs en cours.
Ah ben oui, mais si je prends l’ours, je suis surexposé, et si je fais l’arbre, le panorama ne sera plus en continuité avec les précédents… Raaah ! Et puis, si je me retourne, il y a Mme J en goguette pour une magnifique photo-bombe, et pas de Photoshop pour me sauver…

Un jeu qui demande de l’observation et de l’adaptation, surtout quand les dieux vous ont donné le sens de l’observation de Gilbert Montagné… 
C’est original, c’est plaisant, et ça donne envie d’y revenir, en espérant que les gabarits soient plus solides qu’ils n’y paraissent.

👉Alors, à deux, c’est mieux ?

À deux joueurs, les règles ne changent pas. La seule vraie différence vient de la population de promeneurs. Autant à deux joueurs, on n’est pas loin d’un stand-up du Parti communiste à Marseille : il y a deux pelés et une faucille qui se battent en duel. Les gênes de l’adversaire seront le plus souvent volontaires : on déplace l’écureuil pour essayer de bloquer un mouvement, on éloigne le loup, mais il y aura peu de chances que le photo bombing soit vraiment existant et très bloquant.

À quatre joueurs, finie la tranquillité du paysage : vous voilà devant Pise un soir de fin de vacances scolaires. Partout où vous vous tournez, il y aura un idiot qui pense être le premier à tenter de porter la tour penchée grâce à un effet photographique appelé perspective, et qui existe depuis le XVe siècle en peinture. Les lignes de vue seront donc souvent entachées d’un humain en salopette et bottes en caoutchouc (moins sexy que les goguettes de madame J). Il sera alors plus difficile d’obtenir une photo de nature pure avec toutes les décorations souhaitées. La difficulté est relativement augmentée, mais la volonté de blocage est moins présente, laissant plus de place au hasard des positions.

Personnellement, nous le préférons à deux joueurs, où l’aléa du nombre n’est plus : on gêne par volonté et non par fatalisme. Autant assumer ses actes ; on n’est pas en politique, que diable de Tasmanie.
Après, les parties sont vite expliquées et rapidement jouées. Le jeu est original, chaque partie est différente, et le tout est adapté à tous les nombres de joueurs. Juste, on n’aime pas les gens, donc on les supprime des photos… Quoique, au moins, en photo, ils ne parlent pas…

Allez, petit grizzli tueur d’homme, dis « ouistitiiii » !

La panthère de salon des J, Sirius, traverse la forêt de Redwood, placide

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