Un jeu de Olivier Grégoire, illustré par The Création Studio, et Mathias Klein pour la partie 3D, et édité par Geek Attitude Game.
☝Instant Wikipédia :
Il y a peu de choses qui ont réussi à mettre d’accord musulmans, juifs et chrétiens, et pourtant Babylone y est parvenue sans forcer, devenant pour les trois religions un symbole du mal et de la perversion absolue.
Dans la Bible hébraïque, Babylone est un symbole de l’orgueil de l’homme ; elle est le lieu de villégiature de la tour de Babel (qui, en réalité, semble inspirée de l’Etemenanki, une ziggourat de sept étages, ce qui est déjà pas mal pour l’époque). Cette dernière est censée rejoindre le divin, ce qui ne lui plut guère : il la détruisit et fit oublier l’adamique, langue universelle des hommes, pour la remplacer par de multiples langages, les obligeant à ne plus se comprendre afin qu’ils ne s’associent plus contre lui (qui a dit tyran ?).
Les Juifs en font un symbole d’orgueil opposé à Israël, fidèle à Yahvé.
Les chrétiens font chevaucher Babylone sur la bête à sept têtes pour symboliser l’Empire romain, grâce auquel la religion doit beaucoup de ses martyrs.
Elle est ainsi associée à la grande prostituée par laquelle les peuples sont trompés.
Dans la sourate 2, une partie du Coran, Babylone serait aussi un lieu de perversion où Hârût et Mârût, deux anges déchus, auraient appris la sorcellerie avant de la communiquer au démon, ce qui n’est pas très gentil.
Le tout est souvent associé à Sémiramis, qui reste liée à nombre de mythes plus ou moins fondés. Comme quoi il ne fallait pas grand-chose pour mettre d’accord les dieux du coin. Même les rastafariens voient le mal dans Babylone. C’est peut-être pour cela que Saddam Hussein a voulu la rebâtir, projet avorté par l’intervention de G. W. Bush & co.
Mise en place : 5 minutes
Règles du jeu : 10 minutes
Temps de partie : 40 minutes
Âge : 8 ans
Type de jeu : placement de tuile en 3 dimensions
Thème du jeu : architecture antédiluvienne
💃 — Chéri ?!
💂 — Non… pourvu qu’elle ne me voie pas.
💃 — Chéri, où es-tu ?
💂 — Sa vision est peut-être basée sur le mouvement…
💃 — Je te vois.
💂 — Je suis une fougère.
💃 — Bon, trêve de galéjade : j’ai vu un reportage sur les jardins de Babylone.
Et si on faisait pareil ici ?
💂 — Et voilà… On va finir comme papi J., avec un angelot qui pisse dans la mare et un varan en béton qui se demande pourquoi il a été coulé là. Je suis pourtant d’accord avec Rodin, qui disait qu’il valait mieux couler un bronze qu’un varan…
💃 — Quel rabat-joie… On le fait en jeu de société à la place ?
💂 — Voilà, ça, c’est mieux ! Et ça tombe bien : j’ai préparé Babylone là-haut.
🔧Mise en place :
Placez le fond de boîte avec toutes les structures plastiques au centre de la table, et constituez en son centre la terrasse triple couche : basalte (noir) au fond, grès (gris) au centre et argile au sommet. Chaque joueur prend sa grille de départ et place sa terrasse en réserve, avec sa fleur au fond. Pour finir, on place les tuiles-tours dépendant du nombre de joueurs au centre (il est noté qu’il y en a 14, mais nous n’en avons que 13, et aucune réponse de l’éditeur concernant la manquante, ni FAQ sur le sujet).
Le plateau central
Plateau joueur Mme J
Plateau joueur petite pâquerette de Mr J
📢 Et vous voilà prêts pour terrasser sur de la musique disco. Boney M forever.
En début de manche — sauf lors de la première — on retourne une tuile-tour annonçant un bonus ou un malus commun.
Le joueur actif prend alors une tuile terrasse disponible sur le plateau central.
Il récupère en même temps une colonne par tuile qui lui était adjacente, à son niveau ou au niveau inférieur, une colonne par bord et par fond de boîte adjacent, et une colonne bonus si la fleur illustrée est identique à celle de son plateau. Pour les moins astucieux, cela fait un maximum de 5 colonnes par terrasse acquise.
Par la suite, on peut soit placer la tuile acquise sur son plateau, soit la mettre dans sa réserve — mais c’est moins intéressant. Pour la placer, elle doit reposer sur quatre colonnes, qui seront posées soit directement au sol, soit sur une tuile déjà placée.
Si la tuile ne repose que sur trois colonnes, le coin bancal sera couvert d’un belvédère.
Une fois la tuile placée, on peut installer les structures architecturales illustrées, si les conditions sont respectées :
— Les statues : outre la première, toute statue doit être placée dans une ligne ou colonne contenant déjà une statue, même si l’étage diffère. « Fer », mais qu’il est con, cet étage… il a dû bouffer Philippe Geluck pour être si désopilant.
— Les fontaines : doivent être placées sur deux icônes “fontaine” de tuiles adjacentes, et au même étage.
— Les ponts : se placent comme les fontaines, mais il doit y avoir un espace vide entre les deux icônes.
— Les escaliers : se placent comme les fontaines, mais il doit y avoir un étage de différence entre les deux icônes adjacents. Un escalier pour aller au même étage, ça a autant d’intérêt qu’un parachute en plongée sous-marine.
On peut tout à fait fusionner deux colonnes pour en faire une double ; l’inverse, en revanche, est impossible. Vous avez déjà scié une colonne ? Celui qui zézaye aura mal au scion rien qu’à l’idée…
Une statue peut aussi remplacer une colonne simple, mais elle ne sera pas décomptée en fin de partie.
Dès que sa tuile est placée, les colonnes non utilisées sont stockées (6 au maximum), et le tour passe au joueur suivant.
Exemple de l'éditeur
Perspective pour un Minipouss
🏁 La partie se termine lorsque le dernier joueur n’a plus de tuile Tour à retourner.
📝 Place au décompte :
- chaque structure de son plateau en fonction de son type et de son étage (sauf les belvédères, qui rapportent 1 point quel que soit l’étage),
- puis on ajoute 4 points au total par lot de 4 structures différentes et par lot de 4 fleurs différentes sur ses tuiles-terrasses.
- pour finir, on multiplie par 2 la valeur de l’étage le plus haut de son plateau (si une tuile est à l’étage 3, elle rapporte 6 points).
Le jardin de Mme J en fin de partie
Le jardin de Mr J en fin de partie, vu par le haut
Le jardin de Mr J en fin de partie
🏆 Celui qui a le plus de points reprendra le flambeau du roi Nabuchodonosor II à la tête de Babylone ; 💀 les perdants devront boire un nabuchodonosor de Villageoise à la place, et l’idée semble aussi attrayante qu’un discours d'un quelconque politique complexé par sa chute capillaire.
👥 À deux joueurs, la partie se déroule en 15 manches, avec normalement 14 jetons-tour. Par ailleurs, en début de partie, les joueurs retirent à tour de rôle jusqu’à 6 tuiles terrasse d’argile du plateau central.
👀
Côté matériel, tout est qualitatif et efficace, même si les infrastructures en plastique sont sculptées assez grossièrement. Après, au vu du prix, il est normal d’avoir cette qualité, et non celle d’un Etherfields en figurines.
L’idée du rangement facilitant la mise en place est aussi très plaisante et permet une installation rapide et efficace.
Les règles sont simples et bien rédigées ; seules quelques icônes de tuiles-tours peuvent nécessiter une vérification rapide avant exécution, surtout pour se rassurer.
Une mécanique en 3D de pose de tuiles, une illustration de boîte magnifique… il n’en fallait pas plus pour que notre cœur de joueurs nous dise d’y aller. Enfin, surtout le mien : Mme J a une vision dans l’espace proche de celle d’un T-Rex myope faisant un séjour dans It’s a Small World.
Chaque verso de tuile indique quelles structures pourront y être placées : 2 différentes sur l’argile, 3 sur le grès et 4 sur le basalte. On hésite donc constamment entre prendre une terrasse argileuse pour faire le plein de colonnes — version architecte grec en overdose de caféine — ou mettre de côté les colonnes pour une terrasse plus profonde, ce qui peut permettre de placer plusieurs structures dessus dans le même tour, mais risque d’être bancal. Plus on avance, plus il faudra construire en hauteur et donc sacrifier des colonnes pour en faire des doubles, transformer des statues en perdant leur scoring, ou recouvrir des emplacements qui auraient permis l’arrivée d’escaliers ou d’autres décos plastiques. Cela devient d’ailleurs un vrai casse-tête sur les derniers tours pour savoir comment placer les dernières tuiles.
Une mécanique simple et efficace, une belle présence sur table, pour en faire un jeu familial facile et plaisant à sortir. On pourra peut-être lui reprocher un peu sa rejouabilité, car les parties peuvent se ressembler un tantinet.
👉Alors, à deux, c’est mieux ?
L’interaction est quasi nulle, à part éventuellement un vol de tuile ; encore que ce larcin soit plus souvent lié à sa stratégie qu’au plaisir simple et jouissif de faire suer l’adversaire. Après, le mode 2 joueurs augmente le nombre de tours, rendant la fin de partie encore plus casse-tête pour placer ses tuiles au bon endroit. On se croirait dans la valise de Mme J la veille d’un départ en week-end, quand il faut encore trouver une place pour la seizième tenues de rechange et le sèche-cheveux. Et non, je ne prête pas de place dans ma valise : sinon, je range où Terraforming Mars et Ark Nova ?
Pardon, je digresse. Graisse.
Tout cela pour dire que le jeu fonctionne bien quel que soit le nombre de joueurs, mais que nous apprécions tout particulièrement les fins de partie en mode duel et le casse-tête de placement qui en résulte.
Alors, même si l’on est loin de ses rivières, céderez-vous à la tentation babylonienne ?
Nous, oui.
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