SETI : Recherche d’Intelligence Extraterrestre, puisqu'on en trouve plus sur Terre
Un jeu de Tomáš Holek, illustré par Jakub Politzer, Jakub Lang, Jiří Kůs, Oto Kandera, Jiří Mikovec, Josef Surý, Michaela Lovecká, František Sedláček, Petra Ramešová, Ondřej Hrdina, Radek Boxan, Petr Štych, édité par Iello.
☝Instant Wikipédia :
Le disque d’or de Voyager, intitulé Les sons de la Terre, a été lancé à bord des deux sondes Voyager en 1977 et représente une « bouteille à la mer interstellaire » à destination d’éventuels êtres extraterrestres.
Le disque contient des photos de la Terre et de ses habitants, des sons naturels, des cris de nourrissons et des musiques du monde, de la musique classique (Mozart, entre autres) et plus récente, comme Chuck Berry. (Heureusement que ce n’est pas parti maintenant : on se serait retrouvés à envoyer du Aya Nakamura dans l’espace — quoique son dialecte est peut-être compréhensible sur Bételgeuse.)
Il y a, en tout, 116 éléments destinés à représenter la Terre, ses habitants et le système solaire : 21 sons plus ou moins naturels, 56 langues du monde et 27 chants et musiques.
Un stylet pour la lecture, avec son temps de rotation gravé dessus en langage binaire (au cas où ce soit R2-D2 qui le trouve), ainsi qu’un peu d’uranium 238 (4,5 milliards d’années pour qu’il ait fini de se dégrader ; cela permettra donc aux éventuels réceptionnaires de dater l’envoi du disque).
Il est intéressant de noter que la sonde survivra à la Terre et à notre Soleil, et que certains scientifiques ont jugé malséant d’y placer une photo d’un homme et d’une femme nus dans la banque d’images. Pour une fois qu’un homme se dit qu’il faut attendre au moins la deuxième rencontre pour un dick pic, c’est une belle évolution, je trouve. Après tout, c’était en 1977…
Les sondes sont à 11 milliards de kilomètres de la Terre, soit environ trois fois la distance Terre-Pluton, mais il faudra encore 40 000 ans avant qu’elles ne pénètrent un autre système planétaire. On n’est pas près d’être sauvés…
Mise en place : 30 minutes
Règles : 30 minutes
Temps de partie : 1 h 30
Âge : 14 ans
Type de jeu : engineering building, gestion de cartes
Thème du jeu : science, recherche de vie extra-terrestre
💂— Bon, madame J, j’ai allumé TikTok cinq minutes.
💃— Ah, et tu survis ?
💂— Pas bien… Force est de constater que l’intelligence a quitté la Terre.
💃— Tant que ça ?
💂— En cinq minutes, je suis tombé sur une nana qui explique qu’il faut se mettre de l’ananas dans le vagin pour accoucher plus vite (true story), une autre qui aspire un verre pour se pulper les lèvres, et un mec qui explique que la Terre est plate, sinon les gens qui sont sur les côtés de la planète tomberaient…
💃— Je ne sais pas quoi dire…
💂— Il n’y a rien à dire : l’intelligence est en voie de disparition, et on défèque allègrement sur deux millénaires de science… Il faudrait peut-être aller la chercher ailleurs ?
💃— Tu as raison, allons chercher des extraterrestres. Espérons juste tomber plutôt sur Yoda que sur un xénomorphe…
💂— Bonne idée, quittons cette planète de Gungans et allons chercher le bonheur ailleurs…
Et c’est ainsi que commença l’aventure SETI, tout en se replongeant dans la fameuse équation de Drake : N = R* × fₚ × nₑ × Fₗ × fᵢ × f𝑐 × L.
(Ceux qui ne se souviennent pas de ce superbe calcul peuvent se repencher sur le magnifique article de Premier Contact pour en savoir plus.)
👉 https://adeuxcestmieuxjeuxdesociete.blogspot.com/2022/06/premier-contact-meme-la-regle-est.html
👉 https://www.jeudesociete-a2cmieux.fr/premier-contact/
Mise en place :
Une fois les trois grands plateaux assemblés, on constitue le système solaire avec trois tuiles tournantes et le Soleil au centre (oui, l’héliocentrisme fait partie des théories irréfutables — désolé, les platistes).
On dispose les 48 tuiles Technologie sur le plateau éponyme, et on place deux plateaux Extraterrestres sur le plateau Planète (ces derniers restent face cachée jusqu’à leur découverte ; la mise en place pourra alors être modifiée).
On remplit chaque zone du système extérieur avec des jetons Donnée.
À côté du plateau, on place les jetons Crédit/Énergie, les cartes, dont on crée une rivière de trois cartes. On en placera également un certain nombre — dépendant du nombre de joueurs — sur chaque zone de fin de manche, ainsi que quatre tuiles Score dorées.
Chaque joueur prend son plateau, ses sondes, ses marqueurs et ses ressources de départ, comme l’indique la carte de mise en place.
L’une des cinq cartes acquises ira sous la carte Revenus, pour être utilisée au début de chaque manche.
Et vous voilà prêts à aller vérifier si l’intelligence est plus probante ailleurs… ou si l’on devra se contenter de Patrick Sébastien comme modèle sociétal.
🔭 Déroulement du jeu :
La partie se déroule en cinq manches, au cours desquelles les joueurs alternent les tours jusqu’à passer.
Un tour consiste à réaliser une action principale, ainsi que, potentiellement, une ou plusieurs actions gratuites.
À son tour, le joueur actif a le choix entre huit actions principales, qu’il peut combiner à cinq actions gratuites selon sa stratégie.
🚀 Les actions principales :
1. Jouer une carte
Moyennant quelques crédits, on peut jouer une carte de sa main. Elle octroie un bonus immédiat, un bonus futur sous condition, ou un bonus de fin de partie.
2. Lancer une sonde
Pour deux crédits, on lance une sonde : celle-ci est placée sur la Terre.
Attention : on ne peut avoir qu’une seule sonde dans le système solaire. (On n’a pas tous les moyens d’Elon et de SpaceX pour en faire exploser une tous les quinze jours.)
3. Mettre une sonde en orbite
Si une sonde atteint une planète différente de la Terre, le joueur peut, pour un crédit et une énergie, la placer en orbite.
La sonde quitte alors le plateau Système solaire pour rejoindre la planète correspondante sur le plateau Planète.
Cela octroie des points de victoire, la possibilité de réserver une carte (en en plaçant une de sa main sous la zone de revenus afin d’augmenter ces derniers au début de la prochaine manche), ainsi que d’autres bonus indiqués sur la planète.
Le premier à s’y rendre bénéficie forcément du meilleur bonus.
4. Poser une sonde
Pour trois énergies (ou deux s’il y a déjà une sonde en orbite), on peut placer une sonde ayant atteint une planète sur la même planète du plateau Planète.
Les lunes sont inaccessibles, sauf avec certains pouvoirs de cartes ou de technologies.
Cela octroie des points de victoire et la possibilité de découvrir des traces de vie dans notre système solaire.
On place alors un de ses jetons sur le symbole « trace de vie » d’un plateau extraterrestre non découvert, ce qui déclenche de nouveaux bonus.
5. Scanner un secteur
Cette action permet, moyennant un crédit et deux énergies, de scanner un système stellaire proche.
Une fois dans le secteur de la Terre et une fois dans celui correspondant à la couleur d’une carte au choix dans la rivière, la carte est défaussée.
Pour ce faire, on remplace un jeton Donnée du secteur concerné par un de ses propres jetons.
La Donnée rejoint ensuite notre réserve (maximum six).
Si le secteur est plein, le joueur majoritaire place un de ses jetons au-dessus pour obtenir des bonus ; le second laisse un de ses jetons dans la zone, puis tous les autres récupèrent les leurs avant qu’on y replace des Données.
Le principal bonus consiste à trouver des traces de vie sur des étoiles proches : le fonctionnement est le même que pour celles trouvées par les sondes sur les planètes, mais sur le symbole rose.
6. Analyser des données
Pour une énergie, si notre ordinateur est plein de Données, on peut les vider pour gagner une trace de vie (cette fois en bleu).
7. Rechercher une technologie
En défaussant six points de Couverture médiatique, on peut acquérir une technologie qui viendra bonifier les actions précédemment décrites.
En prime, on fait tourner le système solaire — comme le dit si bien Jamy : « les planètes ne s’arrêtent jamais de tourner ! »
8. Passer
On défausse ses cartes pour n’en garder que quatre.
Si on est le premier à passer, on fait tourner le système solaire, puis on regarde les cartes de la zone de fin de manche pour n’en garder qu’une.
Les autres restent disponibles pour les prochains joueurs à passer, mais les planètes, elles, ne tourneront plus.
Pour finir, on gagne les revenus de sa zone Revenus.
En gagnant des points de victoire, le joueur franchit trois paliers lui permettant à chaque fois de poser un jeton sur une tuile dorée : il choisit ainsi ce qu’il scorera en fin de partie.
⚙️ Les actions gratuites :
Le joueur actif peut, à sa convenance :
> défausser une carte pour sa capacité indiquée en haut à gauche ;
> dépenser une énergie pour avancer une sonde dans l’espace (il en faut deux pour traverser un champ d’astéroïdes) ;
> déplacer les Données stockées dans son ordinateur ;
> échanger deux ressources identiques contre une ;
> ou utiliser trois points de Couverture médiatique pour acquérir une carte de la rivière.
👽 Découverte de la vie extraterrestre :
Si, à la fin d’un tour, les trois zones de vie extraterrestre d’une même espèce sont découvertes, on retourne la tuile correspondante, révélant l’espèce supposée intelligente.
(Les extraterrestres, c’est parfois comme certains prothésistes angulaires : on les suppose intelligents… jusqu’à ce qu’ils parlent.)
Cette découverte modifie la mise en place et ajoute de nouvelles règles à la partie en cours.
🪐 Fin de partie :
La partie s’achève à la fin de la cinquième manche.
Chaque joueur additionne ses points de victoire acquis, plus ceux des cartes à condition de scoring, ainsi que ceux des tuiles dorées sur lesquelles il a placé un jeton.
🏆Le gagnant aura trouvé une vie extraterrestre et pourra partir vivre à l’autre bout de l’univers, sur une planète de rêve…
💀Pendant que les perdants continueront, en vain, de chercher un signe d’intelligence sur TikTok.
👥À deux joueurs, chaque deck de fin de manche ne comprend que trois cartes, comme la rivière de cartes.
De plus, on place deux marqueurs neutres à 20 points et deux à 30 points.
À chaque fois qu’un joueur atteint l’un de ces scores, il déplace un jeton sur une zone de découverte de vie extraterrestre de son choix non encore trouvée par un joueur, sans gagner de bonus, mais en accélérant les découvertes — et donc l’arrivée d’Alf, de Yoda ou d’un ressortissant de Mars Attacks. Et ils n’ont pas tous la sympathie de J’onn J’onzz…
👀
Le matériel est pléthorique et magnifique.
Le plateau « système solaire » mobile est top, les plateaux double couche sont parfaitement adaptés, les cartes très bien illustrées, non, franchement, rien à redire.
Et un grand bravo pour le côté mini instant Wikipédia en bas de chaque carte, augmentant l’immersion dans le thème, ainsi que pour l’utilisation de plastiques recyclés, ce qui ne peut que ravir tout joueur appartenant à l’espèce humaine.
Dans l’ensemble, les règles sont claires, et même si elles sont fournies, on s’en sort assez vite, même s’il faudra quelques tours pour tout bien assimiler et quelques parties pour tout maîtriser.
À part quelques règles d’extraterrestres un peu tarabiscotées, il n’y a vraiment rien à dire sur le jeu : l’aide de jeu est d’ailleurs rapidement utile, voire salvatrice.
Un Diamant d’Or du jeu expert ne peut que donner envie de s’y plonger, et une extension arrivant en novembre viendra sans doute compléter le « faible » nombre d’aliens dans la boîte de base.
C’est un jeu exigeant et difficile à maîtriser, non pas tant à cause de la complexité des règles, mais plutôt à cause de l’ordre des actions à planifier pour tenir sa stratégie tout en gérant ses dépenses — car, comme pour la CPAM ou la vie étudiante, l’argent rentre peu et sort beaucoup.
On sort sa sonde (c’est ici que s’arrête l’analogie avec la vie étudiante… quoique), et en début de partie, on se contente d’aller voir Mars ou Vénus pour accumuler crédits et renommée avant de se lancer dans les confins noirs et froids de Neptune.
(Et encore une fois, Pluton est méprisée, Sheldon, à la rescousse !)
Toutes les actions coûtent plus ou moins cher et les premières manches s’achèvent rapidement, avec un petit goût de tout ça pour ça.
Puis le moteur de ressources commence à tourner : on débute la manche suivante avec des bases plus solides et la stratégie se met en place.
On récupère des données, on les analyse pour découvrir de la vie là-haut, on joue une petite carte à trois crédits pour aller sur une lune de Jupiter, et on achète une technologie, une bonne façon d’achever son tour.
En prime, l’acquisition de la technologie fera tourner le système solaire, me sortant gratuitement du champ d’astéroïdes.
Que Han Solo en prenne de la graine !
Au final, un jeu très riche, avec moult rebondissements et l’envie d’en connaître toujours plus pour aller plus loin.
L’apparition des deux races aliens en cours de partie constitue un magnifique twist, renouvelant la dynamique, ce qui n’est pas si courant, et redistribue entièrement les cartes, modifiant les règles et permettant au chasseur d’E.T. retardataire de remonter en flèche.
Une mécanique intéressante, mais qui peut aussi desservir le jeu : le temps de pause nécessaire à l’installation et à la compréhension des nouvelles règles en cours de partie — et cela deux fois — risque de faire sortir les joueurs de leur concentration.
Et retourner dans sa bulle n’est pas chose aisée pour tout le monde. TDAH Power...
Ce point risque donc de désavantager les joueurs distraits, voire de leur faire perdre la partie si la concentration ne revient pas.
(Oh, un papillon. Il ne manquait pas un peu de safran dans les Saint-Jacques d’hier soir ?)
Il y aura donc un net avantage pour le joueur initié, qui s’adaptera vite, face au novice, qui risque de ralentir la partie presque autant que s’il jouait sur la planète Miller, sous le soleil Gargantua.
Par ailleurs, la thématique, pourtant bien présente visuellement, est vite oubliée : on se concentre davantage sur l’optimisation des points que sur la recherche de vie extraterrestre.
C’est courant dans les jeux, mais un peu dommage, surtout quand tout dans le matériel nous transporte dans le froid spatial…
👉Alors, à deux, c’est mieux ?
Les quatre jetons neutres à placer au gré de l’avancée des joueurs permettent d’accéder à la vie extraterrestre avant la dernière manche.
En effet, à deux joueurs, la course à la découverte, bien qu’intéressante, n’est pas très lucrative.
On préférera souvent tourner autour des planètes, gagner de la popularité médiatique pour bonifier son plateau, plutôt que d’aller analyser de la data spatiale.
C’est plus intéressant d’un point de vue score, et puis, en vrai, je préfère m’abîmer la cornée dans un télescope géant que scroller avec ma souris-action pour voir si bip et bip bop veulent dire :
« Salut, tu ne me livrerais pas une pizza quatre fromages sur Bêta Pictoris ? »
Du coup, ces jetons entraînent une découverte rapide, souvent quasi simultanée, des deux espèces, ce qui est une bonne chose, mais risque aussi de créer un temps de latence, donc plutôt délétère pour la concentration.
Personnellement, j’ai apprécié le jeu, aussi froid qu’un sourire d’Élisabeth B., d’accord, mais bien plus stratégique et évolutif dans le temps.
Il sera en revanche très difficile à sortir avec des novices.
Mme J est plus mitigée et a eu du mal à se remettre dans la partie après la découverte des deux entités, rendant la fin plus laborieuse et moins captivante.
Je n’ose même pas imaginer ce que cela donnerait à quatre joueurs :
le temps de réflexion est déjà long à deux, alors à quatre, on doit voir arriver un Nouvel An plutonien (248 ans terrestres) avant de rejouer.
Mme J aurait sans doute eu le temps de faire trois allers-retours entre la table et la cuisine — ben oui, le repas de demain est prêt, la vaisselle est faite et la cuisine est rangée…
Dommage qu’elle ne connaisse pas le tricot.
Au final, un jeu parfaitement étudié pour deux joueurs, et que nous préférons dans cette configuration, pour son temps de partie.
Il faudra néanmoins plusieurs sessions pour trouver le bon tempo, et il sera important qu’un des joueurs maîtrise toutes les règles liées aux extraterrestres pour les expliquer rapidement lors de leur apparition, afin d’éviter toute perte de rythme entre deux tours.
L’interaction est très faible : une légère course pour la première place sur une planète ou pour la domination d’une banque de données dans les confins de l’espace, mais cela reste anecdotique au regard des vastes possibilités qu’offre le jeu.
— Chéri, je viens de découvrir une nouvelle espèce venue d’ailleurs !
— Bonjour, moi c’est M. J, et vous ?
— Sholva kri.
— Oups…
Eh oui, on a autant de chances de croiser un Goa’uld que Casimir, là-haut.
Et pour l'article sur notre nouveau site, c'est par ici : https://www.jeudesociete-a2cmieux.fr/seti-recherche-dintelligence-extraterrestre/















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